Mehmet Alparslan SAYGIN
http://anachorete.hautetfort.com/07 février 2010
« Port du voile », « voile à l’école », « femmes voilées », et j’en passe. Autant de formulations qui polluent un débat qui n’en finit pas de secouer notre société (avec mention spéciale pour « voile à l’école » qui procède par ailleurs d’une chosification des êtres humains visés) et qui sont abondamment reprises par des acteurs dont la bonne foi ne peut pourtant pas être remise en question.
Je propose de faire une pause dans le débat politico-idéologico-juridique et de procéder à une salutaire clarification sémantique.
C’est que l’utilisation du terme « voile » (et de tous ses produits dérivés) pour désigner ce vêtement porté par une série de (jeunes) femmes musulmanes est purement et simplement abusive.
D’une part, sur le plan purement sémantique, ce vêtement est un « foulard ». Penchons-nous un instant sur les ouvrages de référence en la matière.
Le Robert, dictionnaire terminologique populaire par excellence, nous apprend que le voile, en tant que « morceau d'étoffe », est « destiné à cacher le visage », ou encore qu'il s'agit d'une « coiffure féminine de tissu fin, flottante, qui recouvre la tête », cette dernière comprenant le « crâne et la face » (selon la définition du Trésor de la Langue Française). L'exemple qui sert d'illustration, aussi bien au Robert qu'au Trésor de la Langue Française, est le suivant : Voile blanc de mariée, de communiante (DUMAS père, Don Juan, 1836, II, 2e tabl., 8, p. 40).
Quid du foulard ? La définition du Trésor de la Langue Française : « Pièce de tissu carré portée en pointe nouée autour du cou et, spécialement pour la femme, sur la tête ou autour des épaules, qui permet de se protéger du froid ou qui sert d'ornement. » (Merci à Musa pour les références.)
D’autre part, sur le plan du débat actuel, l’utilisation du terme « voile » est de nature à ostraciser les principales intéressées (en renforçant l’idée d’enfermement) et à discréditer celles et ceux qui défendent le droit de porter ce vêtement (en faisant peser sur eux la suspicion d’être des thuriféraires de cet enfermement).
Dès lors, la combinaison de ces deux considérations devrait encourager tout qui souhaite dégripper la discussion à privilégier systématiquement le mot « foulard » et les formulations qui en sont issues, comme « port du foulard » et « femmes portant le foulard ».
Les mots sont importants et, comme dirait Camus, « mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde ».