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 Sujet du message: Re: La naissance du Prophète
MessagePosté: Jeu 6 Mai 2010 12:20 
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Chapitre VIII : Le Pacte de la Vertu
Nadia Yassine - 21/02/2010

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Fatéma bintou Assad regardait Mohammad avec un sentiment mêlé de fierté et de joie. Il n’était plus cet enfant au regard d’orphelin mais un jeune-homme d’une rare perfection. Cela faisait déjà douze années, qu’elle le couvait de ce regard plein de tendresse. Elle avait appris à l’aimer chaque jour davantage et il le lui rendait bien.

Elle était aux petits soins avec lui depuis que Aboutalib, son époux, le lui ramena, le cœur brisé, une tristesse infinie l’habitant. Baraka était pour elle d’une aide précieuse bien qu’elle en fut parfois jalouse pour la savoir autant proche qu’elle du petit. Elle s’était relayée avec cette esclave au cœur aussi blanc que sa peau était noire, pour prodiguer à Mohammad l’amour le plus pur et le plus sincère qui soit au monde : celui de mère.

Mohammmad ne se laissa pourtant pas aller à la douceur de cette profusion d'amour maternelle. Il était très fier et savait son oncle endetté. Il emmenait paître les troupeaux des riches familles Qoraychite contre un modeste salaire. Il prenait souvent aussi la relève de son onlce dans les voyages commerciaux trop fatigants. Il lui ramenait alors souvent ainsi qu'à Baraka des petits présents qui l’émouvaient beaucoup. Elle priait alors les dieux de le protéger et surtout de lui donner un fils de ses propres entrailles qui soit aussi beau, aussi bon et aussi soigné de sa personne que Mohammad. Elle savait déjà comment elle l’appelerait : Ali…

Mohammad, quelque peu agité, la tira de sa réflexion. Il ne retrouvait plus son arc et ses flèches. Fatéma héla Baraka. Celle-ci accourut, haletante de trop courir ce matin là. Aboutalib se préparait pour une rencontre exceptionnelle. Il voulait ses meilleurs atours et ne cessait de faire courir toute la maisonnée pour cela. Même Mohammad, d’habitude si calme était gagné par une grande frénésie.

Al Baydae, la sœur jumelle de Abdoullah avait passé la nuit chez son frère. Nostalgique et triste depuis la mort de son frère puis de son père, elle s’était assise dans un coin du grand patio couvert de branches de palmier et récitait des vers qu’elle-même et ses autres sœurs avaient créés à la mort de ce dernier. Aboutalib, excédé vint l’intimider en lui demandant la raison de ces litanies alors que l’évènement qui se préparait était des plus heureux. Al Baydae lui répliqua que ses chers disparus auraient tant aimé assister à ce que les tribus arabes se préparaient à faire.

D’une voix grave, elle continua de se lamenter tandis que Baraka et Fatéma échangèrent un regard complice. Al Baydae les exaspérait par sa manie d’être triste sans raisons et de réciter des vers à tort et à travers. Fatéma lui conseillait souvent d’être plus joyeuse lorsque son mari Kourayz était présent. Elle le fit encore une fois en lui rappelant que son fils Hakim se plaignait aussi de ce comportement.

Fatéma prodiguait ses précieux conseils à sa belle-sœur tout en essuyant l’arc retrouvé de Mohammad tandis que Baraka tendait à celui-ci un peigne en corne de chèvre.

Elle se délecta comme à chaque fois de le voir ordonner sa belle chevelure au reflet bleutée. Elle le regardait religieusement, un sourire enchanté aux lèvres. Mohammad poli et très attentif aux démonstrations affectives de ses mères adoptives le lui rendit.

Elle sentit alors un ciel s’ouvrir dans son âme. Cette âme qui avait grandi à l’ombre de ce sourire depuis l’enfance de son bienaimé. Ses petites dents de lait dont la poussée lui avait fait passer des nuits blanches étaient à présent d’un parfait alignement et leur éclat faisait pâlir de jalousie les plus belles perles d'Orient. Un petit espace entre celles du devant faisait du sourire de son fils de lait le plus beau de toute l’Arabie. Elle aurait donné ses yeux pour lui , son cœur, son fils Aymane, tout ce qu’elle possédait lorsqu’il la gratifiait de ce sourire plein de reconnaissance.

La voix d’Al Baydae s’élevait dans une complainte qui laisserait croire que Abdoulmoutalib venait d’être enterré. Les femmes Qoraychites étaient aussi habiles à la poésie qu’elles ne l’étaient au fuseau et à la confection de la laine.

Baraka courait dans tous les sens. Aymane qu’elle portait dans son dos fit des siennes et ses cris se mêlèrent à la voix d’Al Baydae qui n’eut point cure de l’agacement d’Aboutalib et des siens.

Les deux hommes furent enfin prêts. Ils se pavanèrent devant les femmes, attendant les dernières remarques sur leurs habits et leurs parures.

Un jeune esclave nubien à la peau dorée et au crane rasé vint leur annoncer que les chevaux étaient sellés et bridés.

Fatéma cachant difficilement son émotion jaugea Aboutalib et Mohammad . Elle ordonna à Baraka de diffuser de l’encens à l’attention des dieux pour qu’il les protège du mauvais œil et du mauvais sort. Le jeune-homme et son oncle étaient d’une telle splendeur dans leurs habits tout blancs !

Elle eut même une petite pointe de jalousie sachant qu’Aboutalib allait traverser ainsi Makka. Les femmes de la cité rêvaient toutes d'être unies à des Hachémites. Les enfants de Abdoulmoutalib étaient tous d'une beauté légendaire en plus d'être nobles et vertueux. Baraka connaissant trop bien Fatéma la rassura en lui chuchotant malicieusement à l'oreille qu'Aboutalib ne l'échangerait pas contre la reine Balkis. Il ne fallut pas plus que cela pour soulager Fatéma qui retrouva son sourire naturel.

Toute la famille accompagna les deux hommes à la porte. Même Al Baydae se leva pour les saluer avant leur départ. Elle murmurait encore sa poésie comme l’incantation silencieuse d’un cœur fragilisé par les deuils. Un flot de chèvres et de moutons allant au pâturage les submergea, se faufilant entre leurs jambes et bêlant à qui mieux-mieux. Tous rentrèrent alors, mais Baraka resta à contempler Mohammad partir sur son cheval. Les artères de Makka étaient inhabituellement animées.

Aboutalib et Mohammad rentrèrent dans l’enceinte de la grande maison d'Abdoullah ibn Joud'ane où il y avait déjà foule. Lorsque Zubayr ibn Abdulmutalib proposa aux tribus pèlerines lors de l’année précédente de se réunir pour trouver des solutions à l’iniquité régnante, Abdoullah avait proposé sa grande maison.

Les figures de proue de différentes tribus étaient présentes aujourd’hui au lieu et à la date prévus. Toute l’année, les poètes avaient chanté les louanges d’un tel pacte. Les Qoraych avaient ajouté à leur longue liste d’attributs d’honneur, celui de ce pacte : le pacte de la vertu (hilf lfoudoul).

Abdoullah ibn Joud’ane accueillait ses invités chaleureusement. Il vint vers Aboutalib et lui souhaita la bienvenue d’un air avenant. Il fit de même pour Mohammad :

- "Bienvenue fils d’ Abdoullah. Par tous les dieux de la cité, c’est un honneur de t’avoir parmi nous aujourd’hui, mon enfant, toi que l’on surnomme al Amine (celui en qui on a confiance). Laisse Aboutalib auprès des aînés et va t’asseoir auprès de tes pairs".

Mohammad lui sourit en hochant la tête en signe d’approbation :

- "Merci oncle. Je le ferai !" dit-il respectueusement en penchant sa tête qu’ornait un beau turban vert.

Abdoullah tapota l’épaule du jeune-homme et s’en alla vers d’autres hôtes.

Mohammad s’approcha d’un groupe de jeunes qui discutaient en attendant l’ouverture des palabres.

Un jeune homme le vit s’approcher. Il se leva d’un bond pour venir vers lui. Mohammad fut très heureux de le voir. Il n’aimait pas les lieux où il y avait trop de gens. Il préférait le désert où il passait de longues heures à regarder son troupeau paître paisiblement les quelques pousses qu'il voulait bien lui livrer.

Abou bakr ibn Kouhafa, son ami depuis l’enfance, lui donna une accolade et lui fit place auprès de lui. Il semblait aussi heureux que lui de le voir. La complicité évidente entre les deux jeunes-hommes suscita l’intérêt de leurs congénères présents. Les sachant l’un et l’autre d’une grande pudeur, ils se mirent à les taquiner.

Les uns racontèrent leurs aventures avec les filles au drapeau rouge; d’autres récitèrent des poésies impudiques; d’autres encore évoquèrent de façon irrespectueuse les femmes de certains voisins. Mohammad et Abou bakr feignaient de ne rien entendre et échangeaient une discussion sur leurs derniers voyages pour le commerce.

Soudain Zubayr se leva au milieu des hommes assis en cercle. Comme tous les fils d'Abdoulmoutalib , il avait une stature imposante, un visage des plus harmonieux et un regard de braise. Sa tenue rayée était du plus bel effet. Il agitait ses mains longues et racées. Sa voix portante accapara l'attention de tous. Un silence général eut tôt fait de régner. Tous les yeux s'accrochèrent à l'homme :

"O nobles fils d’Arabie ! Nous voilà, aujourd’hui réunis dans la maison de notre hôte Abdoullah, puisse les dieux lui accorder santé et progéniture. Nous devons établir un code d’honneur et de chevalerie pour que nos femmes et nos enfants puissent vivre en paix et surtout dans la dignité.

Quel honneur nous reste-t-il, continua-t-il, si le plus faible est écrasé par le plus fort alors que nos épées sont dans leurs fourreaux. Ni les Dieux, ni les humains, ni les djinns n’accepteraient un monde où tant d’injustice sévit!!!

Nous ferions mieux de nous raser les barbes et de devenir des esclaves si nous ne sommes pas capables de faire régner l’ordre, la paix et la justice sur nos terres. Le plus faible attend de nous qu’on le défende, au nom de nos nobles racines qui remontent jusqu’à Abraham. Les chameaux seraient plus nobles que nous si nous laissons l’iniquité se répandre comme elle le fait et si nous laissons les faibles être écrasés par les forts et les arrogants…"

Mohammad retenait son souffle. une lueur brillait dans ses yeux !

Il suivait avec grande attention le discours de son oncle. D’autres orateurs se levèrent et d'autres mais il ne se lassait pas de les écouter.

Des heures s'écoulèrent sans qu'il ne ressentît aucun ennui. Il se dit que, pour la première fois, il ne regrettait pas sa solitude et son troupeau plein d'enseignements. Il apprenait beaucoup, aujourd'hui, au sein de cette assemblée d'hommes fiers d'allure, nobles de coeur.

Mohammad apprécia son peuple plus que jamais auparavant. Il se sentit fier d’avoir le même sang que ces chevaliers, prêts à secourir les faibles, à rendre justice dans une aire des plus injustes.

Une joie innommable avait envahi son coeur. Il dévisagea un à un ces hommes aux traits durcis par le climat très rude, comme pour deviner les joyaux qui habitaient leur poitrines.

Pour la première fois, il eut la certitude que derrière ces corps de guerriers se cachaient des âmes pures.

Abou bakr sentant son émotion, posa sa main sur son épaule. Ils se regardèrent d’un air entendu; de ce regard qui disait leur bonheur d’assister à un évènement des plus grandioses...



A suivre...

http://www.nadiayassine.net/fr/#article,13,174,421


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 Sujet du message: Re: La naissance du Prophète
MessagePosté: Dim 30 Mai 2010 22:25 
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Chapitre IX : Un coeur d'humain
Nadia Yassine - 07/03/2010

Fakhita existe et le sentiment qu'avait le Prophète (sws) pour elle, aussi. Ghita existe. L'évènement existe. Je n'ai rien inventé sauf peut-être la façon de le raconter. L'histoire est bien sûr romancée pour que nos cœurs s'attachent à l'homme autant qu'au messager. (nadia yassine)

Les dunes se prélassaient au loin comme de grands lézards informes. Quelques touffes d’herbes épineuses disséminées ici et là étaient gloutonnement arrachées par des chèvres hardies. Elles grimpaient aux rares arbres qui échappaient à la règle du désert, prenant possession d’eux jusqu’à la dernière feuille. Les moutons moins courageux se contentaient du reste et couraient de ci de là à la recherche d’une verdeur, d’une brindille, d’une plante sauvage.

Mohammad, contemplatif, savourait cette quiétude pastorale. Il regardait, le sourire attendri, sautiller les petits cabris que la lourdeur de la vie n’avait pas encore atteints.

Il ne pouvait pas en dire de même de son cœur que mille blessures avaient déjà marqué et de son esprit que mille questionnements taraudaient jour et nuit.

Il soupira et jeta un long regard à l’horizon azur où se perdait la mer de sable blond. Il leva la main à hauteur de son front pour s’en faire une protection et essaya de regarder le soleil. Il plissait ses yeux, se servant de ses cils très noirs et très fournis pour faire écran à la luminosité insoutenable de l’astre flamboyant. Rien n’y fit. Il y renonça très vite, baissa la tête et appuya les deux paumes sur ses yeux endoloris de trop de clarté.

Il s’émerveilla un instant devant la danse des étoiles furtives qui se dessinèrent sous ses paupières écrasées. Il ouvrit les yeux à qui il fallut quelques secondes pour sortir du noir que l’éblouissement avait provoqué. Il voyait à nouveau l’immensité du désert et la clarté du jour.

Qui avait créé cette possibilité de voir et de ne pas voir ?

Qui avait créé cette chaleur ?

Et ces rayons de soleil, flammes invisibles qui commençaient par vous réchauffer et qui finissaient par vous mordre de leurs dents de feu.

Ce serait ces affreuses idoles qui auraient créé tant de sensualité et de beauté! Ces dieux aux yeux révulsés et ces déesses laides comme des guenons; qui en terre, qui en marbre, qui en ambre,auraient créé les hauts palmiers à la chevelure ondoyante!

Ils auraient créé la grâce des femmes et le sourire des enfants.

Ils auraient créé les yeux des femmes koreychites et ceux de Fakhita bint Aboutalib ?

Fakhita! Surtout elle! ne pouvait être que l’œuvre d’une divinité mystérieuse qui savait sortir de la glaise une infinie harmonie!

Ce matin encore, lorsqu’elle lui tendit son baluchon, il se souvint avoir rougi devant tant de féminité et de grâce. Il n’avait jamais vu autant de finesse pour une seule femme! Son parfum de rose avait envahi son univers. Le sable sentait l'essence de rose. L'air d'Arabie sentait l'essence de rose.

Non! Celui qui avait mis dans sa poitrine un cœur qui battait un temps, palpitait un autre, dansait de joie, s’effritait de compassion, s’enflammait de passion ne pouvait ressembler à quelque idôle érigée dans le ventre de Makka que ce soit!

Il passa de longues heures à ressasser les moments magiques où il vit pour la première fois sa petite cousine. Les filles en fleur ne manquaient pas, qu’un battement de cils, une rougeur virginale, un pas mal assuré trahissaient sur son passage! Fakhita dégageait quelque chose d’indéfinissable qui émouvait son cœur. Comme un soleil levant. Comme une rose éclose, Comme l’étoile du Nord éclipsait ses semblables, Fakhita avait ce don d’eclipser tout dans sa présence.Comme une brise qui survient dans la fournaise du désert. Comme l’ombre d’un palmier… comme la senteur du jasmin…

Les bêlements des moutons et les cabrioles des biquettes aussi légères qu’en début d’après-midi le rendirent à la sécheresse du lieu.

Une chèvre blanche s’approcha de lui, nullement intimidée.

Mohammad l’appela par le sobriquet qu’il lui avait attribué et la réconforta. C’était ''Ghita'', sa propre chèvre. Il avait pris l’habitude de l’appeler ainsi. Il donnait d’ailleurs un nom à tout ce qu’il possédait. Ghita l’accompagnait dans son travail de berger. Elle lui donnait du lait et lui tenait compagnie. Il l’appelait par son nom et elle accourait, toute heureuse de son attention.

Elle semblait détecter ce flux de respect que son maître avait pour toute chose et ses grands yeux noisettes lui exprimaient souvent de la reconnaissance. Mohammad pencha son visage vers son museau. Elle chevrota comme pour lui dire ses peines. Il prit dans son baluchon une datte qu’il partagea avec elle puis se leva.

Son bâton en main, il emprunta le chemin du retour au milieu du troupeau qui gambadait à ses côtés. Le soleil déclinait doucement alors qu’une douce brise offrit à ses oreilles les sons lointains de tambourins et d’éclats de rire. Une tribu nomade s'était installée non loin de là.

Il se sentit soudain très seul dans l’aurore frissonnante. Il se retourna et son malaise augmenta. La bouche grande ouverte de la nuit grignotait le désert derrière son dos. Le soleil ensanglanté assistait timidement au festin de sa complice.

Un grand besoin de présence humaine prit Mohammad. Une grande tristesse envahit son cœur! Plus que jamais sa mère lui manquait! Son grand-père lui manquait! Son père lui manquait! Curieusement Fakhita lui manquait aussi autant que ceux qui étaient morts! Il avait mal à son coeur d’être humain écrasé par le destin et la fatalité…

Un ami lui avait certifié que les nomades nouveaux venus avaient le goût du festif et qu’ils recevaient la jeunesse koraychite avec plaisir. Il se promit de rentrer le troupeau et de rendre visite à ces nouveaux voisins.

Rentré à la maison, Baraka fut surprise de le voir endosser ses plus beaux vêtements au lieu de se préparer à dormir comme il le faisait après une longue journée de travail. Il lui expliqua qu’il voulait savoir comment un mariage bédouin se passait? Baraka lui dit de baisser la voix!

Abou talib et Fatéma bint Assad n’auraient certainement pas apprécié de le voir se mêler à cette tribu nomade ruste et encline à la débauche! Elle voulait pourtant que Mohammad, son bienaimé, s’amuse comme le faisait toute la jeunesse de sa classe.

Elle avait le cœur en miettes lorsqu’elle lisait la tristesse sur ce visage plus beau que la lune, plus clair qu’un jour d’été. Ces jours derniers, la tristesse ne quittait plus son Mohammad chéri.

Elle l’aida à se rafraîchir en lui versant de l’eau sur les mains. Elle lui tendit un peigne et l’aspergea d’un parfum contenu dans une fiole qu’elle gardait précieusement au fond d’un coffret.

Elle lui dit, l’œil brillant, qu’il était le plus beau des koraychites même avec des cheveux décoiffés et que le meilleur des parfums ne valait pas l’odeur de sa sueur. Mohammad l’embrassa sur le front avant d'aller à la rencontre de sa nouvelle expérience. Baraka lui chuchota de ne pas rentrer trop tard. Elle cherchait déjà une excuse à donner à Aboutalib s’il venait à demander de ses nouvelles.

Mohammad marcha longtemps dans le clair-obscur avant de rencontrer les bribes de chants bédouins portés par un vent léger et encore doux de la chaleur du jour.

Des voix lointaines s’entremêlaient dans un chant voluptueux chargé de promesses joyeuses. Le vin avaient réchauffé les esprits déjà grisés par la chaleur naturelle des lieux. Les quelques éclats de voix masculines que les silences du désert colportaient clairement étaient teintés d’un irrespect profond pour la gente féminine. Mohammad reconnut les vers de certains poètes à la vulgarité prononcée.

Après l’élan que la tristesse avait provoqué en lui, il hésita un instant. Il s’arrêta et leva dans un geste instinctif la tête vers le ciel. Les étoiles indifférentes et sereines brillaient de mille éclats.

Il se demanda ce qu’il faisait sur ce chemin qui menait à la l'insignifiance alors que le ciel était d'une beauté si grave et les étoiles si silencieuses et brillantes.

Il s’arrêta, les bras grand ouverts comme pour embrasser ces milliers d’indices d’une splendeur sans nom.

Une langueur jamais ressentie l’envahit alors. Un bruit étrange, comme celui qu’une aile immense ferait dans son battement parvint à son ouîe engourdie ainsi que tous ses sens.

Une présence aussi légère que l’air mais aussi lourde que du plomb, semblait l’accabler de tout son poids. Les voix se fondirent dans le mystère du désert que la nuit couvrait de son voile opaque. Les étoiles se prosternèrent dans le néant de l'inconscience jusqu’à frôler la terre…

Lorsque Mohammad ouvrit les yeux; les mirages de la nuit avaient disparu! Baraka, le visage défait d’inquiétude était debout à contre-jour d’un soleil matinal encore indécis :

- "Où étais-tu passé, fils d’Amina! lui dit-elle d’un ton courroucé. Tu m’as donné la peur de ma vie! Et te voilà endormi comme un chameau perdu au milieu de nulle part. Je te l’avais bien dit. Un koraychite ne se mêle pas à des nomades de basse classe. Même les dieux sont d’accord avec moi. Ils te protègent malgré toi! Allez debout, Ton oncle et toute sa famille sont fous d'inquiétude pour toi!''

Mohammad se leva tout étourdi. Baraka lui prit la main d'un geste ferme comme elle le faisait lorsqu'il était encore gamin. Elle l'entraîna vers la maison de son oncle. Il la suivit docilement...


A suivre...

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